Anatta
l'enseignement bouddhiste du non-soi
Dans l'Anattalakkhana Sutta, deuxième sermon du Bouddha, celui-ci montre que les cinq agrégats ne constituent pas un soi fixe, et libère les cinq ascètes jusqu'à l'accomplissement de l'arahant.
Le second discours
Dans la trame sacrée des enseignements bouddhistes, l'anattā, souvent traduit par non-soi ou non-âme, se tient parmi les trois marques de l'existence, aux côtés de l'anicca, l'impermanence, et du dukkha, la souffrance. L'enseignement est consigné dans l'Anattalakkhaṇa Sutta, Saṃyutta Nikāya 22.59, le second discours du Bouddha, prononcé au Parc aux Cerfs de Sarnath devant les mêmes cinq ascètes qui avaient entendu son premier discours, le Dhammacakkappavattana Sutta, qui signifie « la mise en mouvement de la roue du Dharma », quelques jours plus tôt. Selon le Mahāvagga, ce fut le discours au cours duquel les cinq, en l'écoutant, devinrent des arahants, des êtres pleinement libérés, la première fois qu'un auditeur du Bouddha atteignit cet état.
Cinq agrégats, nul soi fixe
Alors que de nombreuses traditions spirituelles désignent une essence éternelle, l'ātman, au cœur de l'être humain, le Bouddha présenta un argument différent et, pour ses auditeurs, stupéfiant. Il prit successivement chacun des cinq agrégats, la forme (rūpa), la sensation, la perception, les formations mentales et la conscience, et demanda directement aux cinq ascètes si chacun était permanent ou impermanent. Chaque fois, ils répondirent qu'il était impermanent. Il demanda ensuite si ce qui est impermanent et conduit à la souffrance pouvait à juste titre être appelé soi, mien ou moi. Là encore, ils répondirent non. Cette méthode de questions et de réponses, plutôt qu'une simple affirmation, avait son importance : le Bouddha voulait que les cinq ascètes parviennent à la conclusion par leur propre examen de l'expérience, et non qu'ils acceptent une nouvelle doctrine sur son seul témoignage.
Son raisonnement était précis : si l'un des cinq agrégats était réellement un soi fixe, une personne pourrait le commander absolument, et il ne changerait jamais contre sa volonté ; or le corps tombe malade et l'esprit vacille quels que soient les souhaits de chacun. Parce qu'aucun des cinq ne peut être commandé de cette façon, aucun ne peut être qualifié de soi. On ne peut ordonner à la forme de ne jamais vieillir ni tomber malade ; on ne peut exiger qu'une sensation reste agréable ; la perception, les formations mentales et la conscience se modifient toutes selon des conditions que personne ne maîtrise pleinement, apparaissant et disparaissant en réponse à des causes qu'une personne n'a pas choisies et qu'elle ne peut arrêter par sa seule volonté. Si un seul agrégat était réellement un soi, raisonnait le Bouddha, il serait seul à échapper à cette impuissance, et aucun n'y échappe ; c'est pourquoi il parcourut les cinq tour à tour au lieu de s'arrêter au premier.
Ni nihilisme, mais libération
Saisir l'anattā ne revient pas à sombrer dans le nihilisme ou le désespoir, mais plutôt à se réveiller de la lourde illusion d'un soi distinct et immuable. Lorsqu'une personne cesse de s'accrocher à une identité rigide bâtie à partir de ces cinq agrégats mouvants, l'attachement tumultueux de l'esprit commence à s'apaiser, et la compassion envers les autres êtres, pris dans la même illusion, s'ouvre plus aisément. L'anattā rappelle aussi aux pratiquants que tous les phénomènes sont radicalement interconnectés et issus de conditions ; il n'existe pas d'îlots isolés d'identité dans l'univers, seulement un flux conditionné et sans fin de causes et d'effets. C'est le même principe de l'origine dépendante, paṭicca samuppāda, qui traverse le reste de l'enseignement du Bouddha : rien ne surgit de soi-même, sans cause ni condition, et un soi fixe devrait être précisément cela, sans cause ni condition, pour compter comme réellement existant de la manière que les cinq ascètes avaient supposée avant ce discours.
De même qu'une rivière est un flux continu d'eau plutôt qu'une chose statique que l'on pourrait désigner comme la rivière elle-même, une vie humaine est un continuum dynamique de corps et d'esprit en changement, jamais identique d'un instant à l'autre, et pourtant jamais totalement séparé de ce qui l'a précédé.
De l'intuition à l'arahantat
Pour les cinq ascètes qui entendirent les premiers cet enseignement, la réalisation ne fut pas abstraite. L'Anattalakkhaṇa Sutta rapporte que, au moment où le Bouddha achevait d'expliquer pourquoi aucun des cinq agrégats ne pouvait être soi, leurs esprits furent libérés de l'attachement sur-le-champ, et qu'ils atteignirent ensemble l'arahantat, devenant la première communauté de disciples éveillés que le Bouddha ait formée au-delà de lui-même. Leur libération devint le modèle de tous ceux qui suivirent : en réalisant profondément cette vérité, le pratiquant dépasse l'emprise égoïque du mien et du moi, qui dissout, enseigne la tradition bouddhiste, la racine même de la souffrance existentielle. Le commentaire bouddhiste ultérieur traite ce discours comme indissociable du premier. Le Dhammacakkappavattana Sutta exposa les Quatre Nobles Vérités et la réalité de la souffrance en termes généraux. L'Anattalakkhaṇa Sutta fournit ensuite l'analyse précise de la raison pour laquelle le soi qui semble souffrir ne peut être trouvé nulle part parmi les parties qui composent une personne.
Vers le nirvāṇa
Guidé par cette réalisation, le pratiquant sincère avance vers la paix suprême du nibbāna, où l'illusion du soi distinct se dissout enfin dans une clarté, et non dans un néant, que les cinq ascètes eux-mêmes auraient atteinte avant même que ce discours du Parc aux Cerfs ne s'achève. L'anattā n'est pas enseigné comme une doctrine à simplement accepter, mais comme une intuition à vérifier par soi-même, agrégat après agrégat, exactement de la manière dont le Bouddha conduisit pour la première fois ses cinq auditeurs à travers elle à Sarnath. Des maîtres de méditation, au fil des siècles suivants, ont bâti des systèmes entiers de pratique autour de cette même vérification. Plutôt que de raisonner abstraitement sur l'anattā, les élèves sont invités à observer directement la sensation, la perception et la pensée surgir et disparaître. Ainsi, l'intuition qui libéra les cinq ascètes en une seule séance peut advenir pour d'autres progressivement, par une attention soutenue portée aux mêmes cinq agrégats que le Bouddha nomma pour la première fois au Parc aux Cerfs.
Le saviez-vous ?
Source scripturaire
l'anatta est enseigné dans l'Anattalakkhana Sutta, Samyutta Nikaya 22.59, deuxième sermon du Bouddha, prononcé au Parc aux Cerfs de Sarnath devant les mêmes cinq ascètes qui avaient entendu son premier enseignement.
Les premiers arahants
selon le Mahavagga, les cinq ascètes qui entendirent l'Anattalakkhana Sutta devinrent tous des arahants, des êtres pleinement libérés, à la fin de celui-ci, pour la première fois qu'un auditeur du Bouddha atteignit cet état.
Les cinq agrégats
la forme, la sensation, la perception, les formations mentales et la conscience, les skandhas, sont examinés tour à tour et jugés impermanents, et donc impropres à être nommés un soi fixe.
L'argument du contrôle
le raisonnement du Bouddha était qu'un véritable soi pourrait être commandé absolument et ne changerait jamais contre la volonté de quelqu'un, or aucun des cinq agrégats ne se comporte de cette manière.
Pas de nihilisme
l'anatta ne nie pas qu'une personne changeante et conditionnée existe ; il nie seulement qu'un soi fixe, permanent et indépendant existe au sein des cinq agrégats en perpétuel changement.
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