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Embroidered artwork for Dhonasākha Jātaka : l’avertissement qu’un roi ignora: Embroidered Buddha seated in meditation on a pink lotus, with a golden dharma wheel and a white stupa in the mountains

Dhonasākha Jātaka

l’avertissement qu’un roi ignora

Un prince averti, durant ses années d’étude, que la violence ne procure qu’un pouvoir éphémère, méprise cette leçon ; il perd ensuite les deux yeux par la même cruauté qu’il avait infligée aux rois captifs.

La cruauté jalouse d'un prince

Le Bouddha s'adressa aux moines au bosquet de Bhesakalā, au sujet du prince Bodhi de Sumsumāragiri. Bodhi avait commandé à un artisan habile la construction d'un palais sans égal, puis, par pure envie, avait fait aveugler cet artisan afin qu'aucun prince rival ne puisse jamais faire construire un palais qui lui ressemblât. Lorsque les moines débattirent entre eux de la façon dont un homme pouvait commettre une cruauté aussi calculée, le Bouddha leur dit que cette même violence avait marqué le prince Bodhi dans une existence bien plus ancienne. Il raconta le Dhonasākha Jātaka, le Jātaka n° 353 du Canon pāli, pour leur montrer jusqu'où remontait ce schéma.

Un avertissement donné à Takkasilā

Dans un âge révolu, alors que Brahmadatta régnait à Bénarès, le Bodhisattva, qui était le Bouddha lui-même dans une existence antérieure, enseignait à la célèbre école de Takkasilā. Parmi ses élèves se trouvait un jeune prince qui devait lui-même un jour porter le nom de Brahmadatta. Observant de près le caractère du garçon, le maître l'avertit franchement : il était dur, cruel et enclin à la violence, et quel que fût le pouvoir qu'un homme violent parvenait à s'arroger, ce pouvoir serait de courte durée, quelque complètement qu'il s'en fût emparé. Le prince entendit l'avertissement et le mit entièrement de côté.

Une conquête qui ne put être achevée

Une fois monté sur le trône, Brahmadatta marcha à la conquête de tout le Jambudvīpa, le monde connu du sous-continent indien, et ramena mille rois captifs comme mesure de sa victoire totale. Seule Takkasilā, la cité même où il avait jadis étudié, lui résista avec succès et demeura hors de sa portée, quelle que fût la pression qu'il exerçait sur sa campagne.

Le conseil ambitieux d'un prêtre

Frustré par cette unique cité invaincue, le roi se tourna vers son prêtre ambitieux, Piṅgiya. Piṅgiya proposa une solution déguisée en obligation religieuse : un grand sacrifice, accompli avec les mille rois captifs pour offrande, qui accorderait assurément le pouvoir nécessaire pour enfin prendre Takkasilā. Le roi, avide de toute voie menant à l'achèvement de sa conquête, accepta ce projet sans hésiter.

Un sacrifice au pied du banian

Près d'un grand banian, le roi fit mettre hors de combat, un à un, les mille rois captifs par ses lutteurs. Il orchestra leurs morts et leur aveuglement dans le cadre du rite, et fit creuser autour de l'arbre une enceinte bordée qui se remplit de sang jusqu'à une profondeur de cinq pouces au fur et à mesure que l'offrande se poursuivait. Le roi se vantait ouvertement d'accomplir un devoir religieux sacré, persuadé qu'une telle dévotion ne pouvait qu'être récompensée.

Les yeux du roi lui-même arrachés

Dans la bataille qui suivit cette atrocité, un Yakkha, être-esprit dévoreur de chair, lui arracha sans avertissement l'œil droit. Tandis qu'il chancelait de douleur sous la blessure soudaine, un vautour qui passait au-dessus de lui laissa tomber un os acéré qui frappa et détruisit aussi son œil gauche restant. Entièrement aveuglé, exactement comme il avait aveuglé d'autres, le roi s'effondra dans les ténèbres mêmes qu'il avait infligées à mille hommes captifs.

Un roi qui comprit enfin

Dans son agonie, le roi reconnut enfin ce que son ancien maître avait tenté de lui dire des années plus tôt. Les mortels éprouvent des résultats qui correspondent exactement à leurs propres actes, de même que le fruit correspond à la graine dont il est né. Le pouvoir de courte durée dont son maître l'avait averti s'était en effet révélé éphémère, s'achevant non par de nouvelles conquêtes mais dans les ténèbres exactes qu'il venait de créer pour mille autres hommes.

L'identification du Bouddha

Le Bouddha conclut en identifiant les personnages du récit pour les moines troublés par la cruauté du prince Bodhi envers l'artisan. Le prince Bodhi, leur dit-il, avait été le roi conquérant de cette existence lointaine, et Devadatta avait été Piṅgiya, le prêtre dont l'ambition revêtait la violence du langage du devoir sacré. Le maître qui avait averti le prince, et vu son avertissement demeurer sans effet, avait été lui-même, dit le Bouddha.

Pourquoi l'avertissement ne put être entendu à temps

Le point profond du Jātaka repose sur l'écart entre un avertissement prononcé une fois, dans une salle de classe, à un garçon qui n'avait encore rien fait pour le confirmer. Cet avertissement ne fut prouvé juste que lorsque mille rois captifs avaient déjà tout perdu à cause de la violence que le maître avait prévue. Un avertissement donné assez tôt pour prévenir le mal est presque impossible à démontrer juste, puisque rien ne s'est encore produit pour en faire la preuve. Un avertissement dont les événements ont prouvé la justesse est généralement arrivé trop tard pour les empêcher. Le Jātaka ne résout pas tant ce problème de temporalité qu'il ne le nomme, à l'intention de quiconque est assez sage pour agir sur un avertissement avant que sa preuve ne devienne nécessaire.

Le saviez-vous ?

Dhonasākha se traduit par « La branche étendue », d'après le grand banian sous les branches duquel furent mis à mort les rois capturés.

Ce récit condamne sévèrement la superstition selon laquelle les divinités ou les devas exigeraient des sacrifices sanglants (bali) ou des meurtres.

Dans la cosmologie bouddhique, les véritables devas se nourrissent de joie spirituelle et de vertu, et répudient absolument l'abattage des animaux comme des humains.

Le roi cruel meurt dans l'agonie et renaît en enfer, tandis que le prêtre ambitieux Piṅgiya, qui incita au sacrifice, est identifié à Devadatta.

C'est le deuxième récit du Pañcanipāta, composé autour de cinq strophes saisissantes qui mettent en garde contre les feux karmiques de l'enfer.