La perfection de la sagesse à Jetavana
Alors qu'il demeurait à Jetavana, le Bouddha raconta cette histoire à la louange de la perfection de la sagesse. Le Jātaka n° 515 du Canon pāli consigne ce récit, et la présente version suit ce texte. Le cadre annonce le récit plus long du Mahāummagga, où le même Bodhisatta montre la même intuition pénétrante lorsqu'il est enfant. Le Bouddha enseigna que son talent à répondre aux questions difficiles n'était pas nouveau, et il ramena ses auditeurs vers une vie antérieure pour le montrer.
Un roi qui voulait gouverner selon le droit
Autrefois, le roi Dhanañjaya Koravya régnait à Indapatta, au pays des Kuru. Un brahmane nommé Sucirata était son chapelain et son conseiller en matière temporelle comme spirituelle. Le roi gouvernait avec droiture et donnait généreusement des aumônes. Un jour, il fit asseoir Sucirata avec honneur et lui posa une question au sujet du service de la Vérité.
Les quatre strophes du roi
Le roi formula sa question en quatre strophes. Il dit qu'il ne prisait pas le pouvoir et la souveraineté pour eux-mêmes. Il souhaitait agir uniquement selon le droit et éviter le mal, en faisant ce que les rois doivent avant tout faire. Par là, espérait-il, il serait libre de blâme ici-bas et dans l'au-delà, et gagnerait un nom glorieux parmi les dieux et les hommes. Il supplia le brahmane de lui dire clairement ce que sont réellement le Bien et le Vrai.
Une question qui dépasse un chapelain
Le texte remarque que c'était une question profonde, digne d'un Bouddha omniscient ou, à défaut, d'un Bodhisatta en quête de l'omniscience. Sucirata n'était ni l'un ni l'autre, et il ne prétendit pas le contraire. Il avoua que seul Vidhura pouvait y répondre. Le roi l'envoya aussitôt avec une tablette d'or d'une valeur de cent mille pièces, sur laquelle inscrire la réponse. Il lui donna aussi un char, une escorte et un présent à offrir. Sucirata visita tous les lieux où demeuraient des sages, ne trouva personne dans toute l'Inde capable de résoudre la question, et arriva enfin à Bénarès.
Vidhura, Bhadrakara et Sañjaya
Vidhura avait été l'ami de jeunesse de Sucirata et avait étudié dans la même famille de maître. Le commentaire dit qu'il était chapelain du roi de Bénarès. Sucirata le trouva pendant son repas du matin et, après le repas, lui expliqua sa mission. Vidhura déclara que la question le submergeait comme le Gange en crue, et l'envoya vers son fils intelligent, Bhadrakara. Bhadrakara l'accueillit, mais dit que son esprit était occupé par des affaires mondaines, et qu'il ne pouvait donc pas répondre. Il envoya Sucirata à son jeune frère Sañjaya. Sañjaya, lui aussi, dit qu'il était distrait et qu'il courait un danger chaque fois qu'il traversait le fleuve. Il dirigea le brahmane vers son propre jeune frère, Sambhava, un garçon de sept ans, qu'il dit cent mille fois plus sage que lui-même.
Le doute, et les louanges de Sañjaya
Sucirata fut consterné. Si un père et deux fils ne pouvaient répondre, demanda-t-il, comment un simple enfant pourrait-il connaître le Bien et le Vrai ? Sañjaya répondit qu'il ne devait pas mépriser la jeunesse de Sambhava. En douze strophes, il loua son frère par des images. Sambhava surpassait les autres comme la lune claire surpasse les étoiles, comme avril surpasse les autres mois, et comme le mont parfumé Gandhamādana abrite les dieux. Un taureau montre sa race par sa force, un cheval par sa vitesse, une vache par son lait. Un sage, dit Sañjaya, se reconnaît à ses paroles sages.
Un garçon qui joue dans la rue
Sañjaya ouvrit une fenêtre et montra un garçon au teint doré, qui jouait avec d'autres enfants dans la rue devant la porte. Sucirata descendit et le trouva, son vêtement négligemment jeté sur une épaule, ramassant de la terre à pleines mains. Sambhava lui demanda ce qui l'amenait. Le brahmane expliqua qu'il avait parcouru toute l'Inde sans trouver personne capable de répondre au roi. Le garçon sentit qu'il était mûr en savoir et un peu honteux de son jeu. Il laissa tomber la terre, remit son vêtement en ordre et dit au brahmane de poser sa question. Sucirata répéta la question du roi en un vers.
La réponse donnée dans la rue
Sambhava commença par une mise en garde prudente. Le roi connaîtra le Bien et le Vrai, dit-il, mais qui peut savoir ce que le roi fera alors ? Savoir, en d'autres termes, n'est pas encore agir. Puis il donna sa réponse. Dis au roi que demain et aujourd'hui ne sont jamais tout à fait semblables, qu'il doit donc être sage et saisir chaque occasion qui se présente. Un roi doit fuir les voies mauvaises et ne pas marcher sur un chemin funeste comme un fou égaré. Il ne doit jamais transgresser au détriment de sa propre âme, ni agir injustement, ni jamais égarer un frère sur une mauvaise voie. Quiconque observe ces points grandit en renommée comme la lune croissante, brille comme une lumière pour ses amis, et est cher à ses proches. Lorsque son corps défaille, le sage s'en va au ciel.
Les applaudissements et le retour
Tandis que Sambhava enseignait dans la rue, sa voix douce comme le miel portait à travers Bénarès sur une distance de douze lieues. Le roi et ses vice-rois se rassemblèrent pour écouter. La foule rugit, applaudit et agita ses étoffes, et, dans la joie, ils jetèrent leurs parures. La valeur de ce qu'ils lancèrent atteignait environ un crore (dix millions, selon le décompte indien ancien). Le roi de Bénarès honora le garçon. Sucirata lui offrit mille poids d'or, une mesure d'or au poids, écrivit la réponse au vermillon sur la tablette d'or, et la rapporta à Indapatta. Là, il révéla au roi Dhanañjaya la réponse, et le roi, inébranlable dans sa droiture, s'en alla au ciel.
L'identification du Bouddha
À la fin de l'enseignement, le Bouddha déclara que, non seulement aujourd'hui mais aussi dans le passé, le Tathāgata, le Bouddha lui-même, excellait à répondre aux questions. Il identifia les naissances : Ānanda était le roi Dhanañjaya, Anuruddha était Sucirata, Kassapa était Vidhura, Moggallāna était Bhadrakara, et Sāriputta était le jeune Sañjaya. Le Bouddha lui-même était le sage Sambhava.
Un enseignement qui survécut aux maîtres célèbres
Le récit a un humour discret. Trois anciens respectés ne purent répondre, et pourtant un enfant aux mains couvertes de terre le put. Le texte ne loue pas l'enfant pour sa jeunesse. Il le loue d'être prêt à être interrogé et d'honorer la vérité plutôt que son orgueil. Sa réponse est aussi pratique. Connaître le juste ne suffit pas : un souverain doit agir, doit faire usage du jour qui se présente et ne doit pas égarer autrui. Le devoir d'un roi, comme celui de tout homme, est de suivre la voie droite et de n'en détourner personne.
Le saviez-vous ?
Le Jātaka n° 515 du recueil pāli fut prononcé à Jetavana pour louer la perfection de sagesse.
Le roi Dhanañjaya Korabya d'Indapatta posa sa question en quatre strophes, et son chapelain était le brahmane Sucirata.
La chaîne des renvois mena de Vidhura à son fils Bhadrakāra, puis à Sañjaya, et enfin au frère cadet de Sañjaya, Sambhava, âgé de sept ans.
La réponse de Sambhava
demain et aujourd'hui ne sont jamais semblables ; il faut donc saisir l'occasion, fuir le mal, et ne jamais égarer autrui.
Dans l'identification des naissances, Ānanda était le roi, Anuruddha était Sucirata, et le Bouddha lui-même était Sambhava.
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