Le Bouddha raconta cette histoire à Jetavana, et le Jātaka Aṭṭhakathā la consigne comme Jātaka n° 200, le Sādhusīla Jātaka. Elle commence par un père inquiet. Un brahmane avait quatre filles, et quatre prétendants s'étaient présentés pour demander leur main. Chaque prétendant était différent des autres, et le père ne parvenait pas à décider lequel méritait une épouse.
Un père qui ne parvient pas à décider
Le premier prétendant était bien fait et beau. Le deuxième était âgé et avancé en années. Le troisième était un homme de bonne famille. Le quatrième était un homme de bien, dont la conduite était vertueuse. Le brahmane se demanda à qui il devait donner ses filles, et il retourna la question en tous sens sans trouver de réponse.
La visite au Maître
Finalement, il pensa que le Bouddha suprême saurait certainement. Il prépara une quantité de parfums et de guirlandes et se rendit au monastère. Il salua le Maître, s'assit sur le côté et exposa l'affaire dans son intégralité, du début à la fin. Puis il posa sa question : auquel de ces quatre devait-il donner ses filles ?
Une question déjà posée autrefois
Le Maître répondit que des sages avaient posé cette même question dans les temps anciens. La renaissance avait voilé la mémoire du brahmane, dit-il, et c'est pourquoi il ne s'en souvenait pas. À la demande du brahmane, le Bouddha raconta un conte d'autrefois.
Un maître à Bénarès
Autrefois, alors que Brahmadatta était roi de Bénarès, le Bodhisatta naquit fils de brahmane. Devenu adulte, il fut instruit à Takkasilā (centre d'enseignement renommé de l'ancien nord-ouest de l'Inde). De retour chez lui, il devint un maître réputé.
La même question, jadis
Dans cet âge-là aussi, il y avait un brahmane qui avait quatre filles, et les mêmes quatre sortes de prétendants vinrent les demander. Ce brahmane non plus ne put décider. « Je consulterai le maître, pensa-t-il, et je donnerai mes filles à celui qu'il désignera. »
Il se présenta devant le maître et prononça la première strophe : l'un est bon, l'autre noble, l'un a la beauté, l'autre les années. Réponds à cette question, brahmane : parmi les quatre, lequel paraît le meilleur ?
La réponse du maître
Le Bodhisatta entendit la question et rendit un jugement clair. Même lorsqu'un homme possède la beauté et d'autres qualités semblables, dit-il, il est à mépriser s'il manque de vertu. C'est pourquoi les autres qualités ne sont pas la véritable mesure d'un homme. Parmi les quatre prétendants, dit-il, c'était le vertueux qu'il préférait.
Il prononça ensuite la seconde strophe : la beauté est bonne, et les vieillards méritent le respect, car cela est juste. La noblesse de naissance est bonne aussi. Mais la vertu, dit-il, est ce dont il se réjouissait.
Le choix du brahmane
Le brahmane entendit la réponse et agit en conséquence. Il donna toutes ses filles au prétendant qui était vertueux.
L'identification du Bouddha
Lorsque le discours fut achevé, le Maître proclama les Vérités et identifia la naissance. À l'issue de l'enseignement des Vérités, le brahmane atteignit le fruit du premier Chemin. Le Bouddha dit : « Ce brahmane était alors le brahmane, et le maître renommé, c'était moi-même. »
Un enseignement qui survécut aux noces
La strophe de ce Jātaka n'enjoint à personne de mépriser la beauté, l'âge ou la famille. Elle affirme que chacune de ces qualités a sa place, et que le respect dû aux vieillards est juste. Ce qu'elle refuse, c'est de laisser l'une d'elles tenir lieu de bonté. Un bel homme, un homme âgé ou un homme de bonne famille peut être un bon époux, mais aucun de ces faits ne le prouve.
Pour un pratiquant qui choisit un conjoint, un ami, un maître ou un guide, le conseil est le même que celui du Bodhisatta. Regarder d'abord la conduite. Les apparences se fanent, les années passent, et une bonne réputation peut être héritée sans avoir été méritée ; mais la vertu est ce que l'on porte d'un jour à l'autre, et c'est elle qui décide si un foyer sera un lieu de paix.
La réponse du Bouddha montre également la manière dont il traitait un chef de famille inquiet. Il ne réprimanda pas le brahmane pour son hésitation, et il ne dicta aucune règle. Il lui rappela que des sages avaient déjà affronté ce choix, lui raconta le récit, et laissa parler la strophe du vieux maître. Le brahmane rentra chez lui l'esprit clair, et finit par voir la vérité par lui-même.
Le saviez-vous ?
Le Jātaka n° 200 du Dukanipāta du Jātaka Aṭṭhakathā, raconté à Jetavana à un brahmane ayant quatre filles.
Les quatre prétendants étaient beau, âgé, de haute naissance et vertueux.
Le Bodhisatta était un maître renommé qui avait étudié à Takkasīla.
Le brahmane de l'ancien récit donna toutes ses filles au prétendant vertueux.
Dans l'identification finale, le Bouddha déclara qu'il était lui-même le maître renommé, et le brahmane atteignit le fruit de la Première Voie.
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